En attendant le développement du projet d’un «Balthazar mag’», Jac Lelièvre vient de ressortir les toutes premières BD du plus célèbre mille-pattes du monde, qui avait commencé – croyait-on – sa très longue carrière de superstar à la télé dans les années 80… Balthazar a donc non seulement toujours de l’avenir, mais aussi un passé plus ancien que FR3 Jeunesse !

   A l’heure où le dessin, animé ou non, est gonflé à bloc d’artifices technologiques en tous genres et sans pertinence asurée, Balthazar nous fait agréablement renouer avec une maîtrise du trait simple et dynamique, digne de l’art calligraphique.

 

LES ARCHIVES DE JAC

BALTHAZAR le Mille-Pattes

http://boutikajac.free.fr/archivesbalthazar.html

   Format A5, 30 pages couleurs brochées, couverture 240gr, intérieur sur 100 gr.

« Pour sortir des pages de “Formule 1″ où il est né, et parvenir aux écrans de télévision la route fut longue et riche en surprises… Ces archives vous proposent une sélection des meilleures BD publiées de 1976 à 1981. Beaucoup inspirèrent des séquences animées. »

 

http://boutikajac.free.fr/archivesbalthazar.html

Tarif: 6 euros + 1 euro de frais de port !!

 

 
 
Images © Jac Lelievre
 

Avec une apparition d’Eric Bourdon au Palais des Beaux-Arts de Lille, le livre Les Français dans l’Objectif dresse le portrait de près de 300 Français de toutes origines et de toutes les régions.
 
C’est le 5 avril, à quelques jours des élections, qu’a officiellement paru le livre de portraits de la France d’aujourd’hui par les photographes Gilles Bassignac et Jean-Michel Turpin, partis pour “Le Figaro Magazine” pour un tour de France en camping-car de juillet à octobre 2011. Des portraits en photos et en seulement quelques mots à chaque fois, qui composent un livre de 300 pages d’une beauté aussi inédite que le projet.
 

Le résultat, étonnant, est un livre au ton invariablement positif et vivifiant, alors que les rendez-vous n’étaient que très rarement pris à l’avance.
 
Les Français dans l’Objectif se trouve partout (au prix de 29,90€), édité par les Editions de la Martinière. Le travail de photographie l’emporte largement en cm² mais il s’agit bien d’un portrait de la France d’aujourd’hui dans sa diversité, et on le trouvera non pas au rayon photographie mais au rayon sociologie.
 
Les textes sont de Gérard Mermet, la préface de Denis Tillinac.
 
 

Publié en janvier par les éditions de La Méduse à Lille, le roman d’Eric Bourdon Les Clarificateurs a généré un nombre de ventes totalement inattendu pour la jeune maison d’édition. Le mois de mars à peine terminé, un second tirage a été lancé pour reconstituer les stocks jusqu’ici en baisse dramatique… Problème résolu :

Résumé :

Déjà six ans ! Six ans que Mike Jannings travaille sans relâche pour la puissante organisation américaine des Clarificateurs, qui diffuse des méthodes de développement personnel révolutionnaires aux quatre coins de la planète.

La disparition tragique de son père, possédé par une haine troublante des clarificateurs, lui a permis d’évoluer à toute vitesse dans la hiérarchie secrète de l’Organisation.

Mais alors que Mike va enfin pouvoir s’approcher de son mystérieux Fondateur, les traits de la personnalité qu’il commence peu à peu à distinguer lui semblent étrangement familiers…

Les Editions de La Méduse vous proposent également une sélection de 3 textes courts de jeunes auteurs contemporains : “Main courante” et “Poulet à la diable” de Muriel Parsy, et “Grue diamantée” par Antoine Defoort.

 

pdf du bon de commande Les Clarificateurs

 
 
 


 
 
Pour bien commencer l’année, sous le titre Les Clarificateurs, un recueil de textes inédits paraît dès aujourd’hui aux éditions lilloises de La Méduse !
 
 
 
Eric Bourdon, Les Clarificateurs (roman / thriller psychologique) :

2006, Boston, Etats-Unis. Au coeur d’une des plus grandes villes d’une société occidentale en faillite économique et humaine, Mike Jannings est un clarificateur. L’Organisation des Clarificateurs diffuse à travers le monde des méthodes de développement personnel inédites et d’une efficacité spectaculaire, seul espoir crédible pour les déçus de la société de plus en plus nombreux.

C’est au moment où il va enfin pouvoir gravir les échelons de la hiérarchie secrète de l’organisation, que Mike va voir resurgir d’anciens démons. Lui qui semblait pourtant avoir surmonté un passé personnel sans grandes difficultés, celui-ci va revenir à la charge, et bien plus violent que nature, comme s’il voulait de toutes ses forces empêcher un affranchissement aussi insolent…

Ou comme si Mike ne devait d’être devenu clarificateur, qu’aux ombres d’un passé plus énigmatique qu’il n’en avait l’air…

 
Présentés avec Les Clarificateurs, les textes courts de Muriel Parsy (Main courante et Poulet à la diable) ou d’Antoine Defoort (Grue diamantée) le rejoignent dans la mise en valeur de ce qui échappe souvent à l’attention. Chacun à leur manière, ils donnent ou redonnent un sens très fort à l’expérience du quotidien, à la prose la plus informelle, aux êtres humains qu’on ne voit plus comme tels. Ils rendent leur importance à ce qui semble ne plus en avoir. C’est sur cette seule base qu’ils reconstruisent la poésie, l’humanité, l’amour, et des formes de littérature ‘inclassables’…
 

Les Clarificateurs

 
 
 

Le cadeau idéal pour animer vos réveillons à venir !
Une BD par Jac Lelièvre, de 36 pages brochées au format A5, couverture 240gr, intérieur sur 100 gr.

Le livre est construit sur le principe du running-gag, toujours le même dessin seul le scénario change.
Une personne est hors-champ, on l’imagine grâce aux commentaires de DSK.
Efficacité et actu sont au rendez-vous pour créer un livre plein d’humour percutant qui ne tombe jamais dans la vulgarité.
La contrainte du récit se rattache au mouvement Oulipien.

 
 
A découvrir sur http://boutikajac.free.fr/
à la page http://boutikajac.free.fr/dsk.html
 

Editions Gallimard / collection Folio

La forme et le fond d’une oeuvre d’historien de la musique.

 

C’est apparemment l’une des deux seules biographies françaises de Janis Joplin, et à ce seul titre elle vaut son pesant d’or. Ou alors ce sont peut-être les biographes ayant snobé une aussi puissante tragédie, à en faire pâlir de jalousie les Eschyle ou autres Sophocle, qui devraient s’exposer à leur tour au mépris général…

 

La biographie de Jean-Yves Reuzeau fourmille de références, de détails factuels qui permettent de suivre pas à pas la vie, et la mort, de la “plus grande chanteuse de blues blanche de tous les temps”. A tel point qu’on n’imagine pas une seconde qu’il puisse s’agir d’une biographie simplement commandée par un éditeur à un bon auteur; la chanteuse semble faire pleinement partie de la vie de l’auteur, l’époque également – fin des sixties – et la biographie est presque une autobiographie. Pas sûr qu’un seul autre auteur français en connaisse plus sur le sujet.

 

Sur la forme il est difficile de lire ce texte sans un bon dictionnaire à portée de main. Certes la Critique de la raison pure se trouve souvent en livre de poche, mais dans ce cas difficile de plaider la surprise. A la même page vous trouverez par exemple (p.378) les ‘cris dilacérés’, les ‘volutes du clavier’, les ‘riffs de guitare très funky’ ou encore le pur bijou du ‘solécisme narquois’ (p.153) du titre d’un des morceaux (“Women is Losers”) de la chanteuse…

 

Certains connaissent ces mots, d’accord. On essaie aussi de faire passer Janis Joplin pour une grande lectrice, elle a sans doute beaucoup lu mais le trait paraît quand même forcé… Elle a au moins assez lu pour se démarquer de tout intellectualisme. En milieu de livre une citation – que l’on pourrait faire passer pour une critique de l’authenticité artistique elle-même – illustre une photo de Janis Joplin devant son micro: “Sur scène, je fais l’amour avec 25000 personnes, et pour finir je rentre toute seule chez moi.” Mais une autre citation étrangement similaire qu’on lui attribue également mais qu’on ne trouvera pas, et pour cause, dans le livre, va très explicitement dans le sens inverse: “Etre un intellectuel crée beaucoup de questions et aucune réponse. Vous pouvez remplir votre vie avec des idées et encore rentrer chez vous tout seul. Tout ce que vous avez qui compte réellement c’est des sentiments. C’est ce que la musique est pour moi.”

 

 

Les pages qui jettent un doute bien plus profond sont 2 trop longues pages (168-169) qui décrivent, cette fois en dehors de l’univers musical, la profusion de mouvements spirituels propre à cette époque magique de créativité débordante dans tous les domaines. Jean-Yves Reuzeau en dresse un portrait apocalyptique, et une longue liste faite de ‘gourous de secours’, ‘prophètes au rabais’, ‘chamans débutants’, ‘maîtres de sagesse’, ‘mages et sorciers néophytes’, ‘théories fumeuses’, ‘extraterrestres’, ‘satanistes’, ‘sectes’ – dans son acception journalistique péjorative et arbitraire au possible, ‘rites farfelus’, ‘groupuscules déments’, ‘mysticisme polymorphe’, ‘astrologie de bazar’, etc. etc. etc… Comme si presque rien n’avait été compris de Janis Joplin, par l’un de ceux qui semblent pourtant le plus la connaître! Car cette ‘perle’ (de ‘Pearl’, surnom de la chanteuse), Jean-Yves Reuzeau nous la présente noyée non seulement dans le blues, mais aussi dans une boue composée d’une liste – bien plus grande que la précédente – de toutes les drogues de l’époque, mais aussi d’alcoolisme ou de luxure, compensations obligatoires de l’intolérance extrême du Texas et de l’Amérique de son enfance, de leurs préjugés, de leur étroitesse d’esprit et des multiples humiliations qui n’ont pas cessé jusqu’après sa mort à 27 ans d’une overdose d’héroïne, quand sa famille était plus que jamais harcelée de coups de fils haineux et revanchards.

C’est dans cette boue que cette ‘perle’ est apparue, et la vie de Janis Joplin est tragique parce qu’elle savait que pour devenir ‘Janis Joplin’ il fallait qu’elle traverse cette boue, et qu’elle n’y survivrait pas. Et ce que semblait nous montrer l’auteur, c’était que même dans un univers aussi nauséabond que celui-ci, sujet à tous les a priori, aux condamnations les plus rapides et aux raccourcis les plus faciles, on pouvait trouver des itinéraires humains qui, tout en s’y intégrant pleinement, et peut-être parce qu’ils l’avaient traversé, en ressortaient sublimés, jusqu’à en gagner des traits quasi-christiques. Ce qui sauvait mille fois cet univers psychédélique des années 60, cette boue, c’était justement qu’on pouvait y trouver – au moins – une ‘perle’ de cette valeur! Or dans l’univers spirituel – qui n’était jamais très loin et nourrissait des ambitions et désillusions comparables à celles de l’univers musical à la sauce hippie – rien ne semble pour l’auteur sauver le chaos inhérent à la créativité de cette époque, et cette fois à notre grande surprise Jean-Yves Reuzeau cède abondamment voire avec empressement à tous les clichés, à tous les préjugés – ou aux jugements expéditifs et sans appel – citant le sempiternel marronnier de l’assassinat de Sharon Tate par Charles Manson comme seule preuve de la malfaisance de certains groupes mystiques… Le seul à s’en sortir quelque peu aux yeux de l’auteur est Allen Ginsberg dont il nous dit à la fin de ces deux longues pages: “Des leaders intellectuels, comme Allen Ginsberg, n’éviteront pas toujours ces écueils.” Allen Ginsberg ‘leader intellectuel’… et cité plusieurs fois dans le livre en termes assez positifs, a failli à des écueils bien moins sympathiques que tel ou tel mouvement new-age, lui qui défendait publiquement la légalisation de la marijuana, du LSD, et plus sympathique encore… la pédophilie (à travers l’association américaine NAMBLA). Ce qui sauve donc Janis Joplin, est-ce sa personnalité, sa créativité et son itinéraire, ou bien plutôt la nature des problèmes qu’elle a traversés et qui lui restent collés à la peau? Certains vices et certains crimes ont toujours bénéficié d’une étrange et obscure permissivité dans des sphères dites ‘intellectuelles’ type soixante-huitardes. Ce qui est critiqué dans les mouvements spirituels de cette période ce n’est pas l’usage de drogues, et il aurait pourtant bien pu l’être, ceux-ci ne s’en étant pas toujours passés (tout en empruntant d’autres chemins, mille fois plus intéressants…). Et il ne semble pas qu’il y ait finalement tant à y critiquer, sinon que ce sont des mouvements qui ont eu comme spécificité de remettre réellement en cause les façons de penser et de voir le monde et la vie, bref de marcher sur les plates-bandes des intellectuels, leur domaine prétendument réservé, sans que la notion de contre-culture opportunément inventée pour l’occasion n’ait réussi à les réduire totalement et à les figer à leur époque et dans la poussière des dictionnaires.

 

 

Ainsi on se demande si Janis Joplin n’est pas aimée ni pour ses qualités, ni même réellement pour ses défauts que l’auteur lui pardonne sans se forcer mais sans en faire non plus l’éloge, mais tout simplement pour elle-même, et son histoire particulière. Ce qui en soit est intéressant, mais nous empêche d’en tirer quoi que ce soit d’instructif pour d’autres qu’elle, ou d’autres périodes que la sienne, ou encore pour nous-mêmes. Cette biographie est alors juste à considérer comme un travail d’historien, et Janis Joplin en modèle de liberté à usage unique, sans enseignements. Juste une idée de liberté, coincée dans une époque, légitime pour un temps, et puis aliénante pour le reste. Un nouveau cliché, une image, une nouvelle icône pop et commerciale destinée à illustrer les t-shirts des ados. Une perle unique, qui ne nous apprendra pas à dénicher d’autres perles autour de nous, une perle en dehors de sa boîte. Pas une vraie liberté de penser en long et en large, juste une liberté réactive, qui compense les contraintes de l’éducation et du milieu et qui s’efface ensuite, fière de sa révolte adolescente parfumée aux odeurs faciles de cannabis et perdant toute signification générale ou même se retournant en nouvelle aliénation.

 

Janis Joplin n’en était pas là. Parlant des hippies avec lesquels elle ne s’est jamais complètement associée, elle déclarait à Myra Friedman, un mois avant sa mort: “Franchement, je ne vois pas ce qu’ils font de mieux. Ce sont des imposteurs. Ils trompent leur monde avec toute cette foutue culture. Ils critiquent le lavage de cerveau subi de la part de leurs parents, mais que font-ils d’autre? Je n’ai jamais connu un seul d’entre eux qui tolère un autre mode de vie que le leur. J’en ai marre de ces mecs. J’en ai marre de tout ce qu’ils pensent et de ce qu’ils propagent! Personne n’apprendra donc jamais quoi que ce soit!”

 

 


Régis Dericquebourg est Maître de conférences en psychologie sociale et clinique à l’université Charles De Gaulle-Lille3. Son blog ouvert depuis plusieurs années déjà est une précieuse et importante source d’informations sur les ‘sectes’ au sens classique, universitaire et non polémique du terme. Depuis aussi longtemps qu’existent des religions ‘majoritaires’, il existe en marge une multitude de mouvements religieux ‘minoritaires’, de religions en formation, que cette formation soit plus tard couronnée de succès ou non… Régis Dericquebourg a fait sa spécialité de l’étude de ces mouvements religieux minoritaires, des plus ancestraux aux plus récents, de leurs relations avec leur environnement social et politique, et de leur insertion dans la société.

 

www.regis-dericquebourg.com

 

Outre le thème, et son traitement purement intellectuel ne gommant ni les défauts ni les valeurs d’aucun mouvement, épuré de tout le militantisme médiatico-émotionnel ordinaire (qui empêche en général ne serait-ce que de se pencher sur ce phénomène aussi vaste et ancien que l’humanité et la religion), le blog de Régis Dericquebourg a une qualité exceptionnelle: pour un blog universitaire, il est particulièrement clair à comprendre et agréable à lire. Pourquoi? Aucune idée précise, le style de l’écriture tout simplement, ou la clarté d’esprit de l’auteur, ou les deux… Bref, rare, trop rare exemple d’études universitaires exigeantes mais pas élitistes, qui sans rien sacrifier de la complexité de leur sujet savent le mettre à la portée du public et ont donc leur place toute trouvée sur le net (et dans le “pays de le liberté et des droits de l’homme”…).

 ”La France est probablement, avec la Chine, un des pays qui luttent le plus intensément contre les non-conformismes religieux et, par contagion, contre les nouvelles thérapies et les médecines alternatives soupçonnées d’entraîner les patients vers les sectes. Les attaques n’épargnent pas les universitaires qui travaillent sur ce terrain.” (extrait du post de R. Dericquebourg du 24 mars 2009)

 

à noter: à la page ‘publications’, l’imposante liste des publications ‘papier’ de l’auteur, articles et interviews (depuis 1977!), et à la page ‘bibliographie’, des liens directs vers des sites vendant quelques-uns de ses ouvrages.

© dessin: Siné

 

Le texte qui suit n’est pas en soi une condamnation de l’imitation, de la figuration, au profit de l’abstraction et de l’improvisation, l’auteur citant comme exemple d’artiste le peintre de portrait… L’artisan planifie, et exécute ensuite son projet; l’artiste n’a pas d’idée préconçue, il progresse par petites touches, dans le brouillard, et donne forme à une création qu’il n’avait pas conçue avant de la réaliser. On peut réaliser un portrait, ou un paysage, sans être ‘artisan’ dans ce sens. Si l’on veut distinguer artisan et artiste d’une manière claire, à la façon pédagogique d’un dictionnaire ou du Système des Beaux-Arts d’où le texte est tiré, on s’arrêtera là. Il s’agit de dire dans quel sens va l’artiste, et dans quel sens va l’artisan, leur méthode et leur orientation.

Il reste que la ‘spécificité’ de l’art est clairement caractérisée dans ce texte même comme la renonciation à décider avant d’agir. D’abord prendre possession ou connaissance de la matière ou du support de création, sans préjugé, et ensuite les modeler en introduisant la décision dans le cours de la création, et pas avant. L’artiste est donc un ‘modeleur’, un ‘metteur en forme’ de chaos, ou de matière brute. Les seules ‘techniques’ (exigeantes elles aussi) de l’artiste, sont donc celles de l’improvisation. Il est donc fort peu probable que l’artiste se contraigne a priori à autre chose qu’à décider de peindre ou de sculpter le marbre dans son atelier, ou de le faire entre 3h et 6h de l’après-midi… Décider a priori de peindre telle ou telle scène ou d’imiter sur le papier tel paysage, ne lui est pas interdit, mais ce n’est pas là la spécificité de son art. C’est donc notre extrapolation, et l’auteur ne nous suivra pas jusque-là, mais au lieu de séparer strictement artiste et artisan, on pourrait probablement observer que l’artiste est aussi artisan, bien plus, tellement plus que “par éclairs”, et vice versa, et conclure qu’un artiste, s’il cherche à affiner sa ‘spécificité’ d’artiste, saura devenir aussi un peu plus artiste qu’il ne l’était avant. Et sur ce chemin, la figuration ne le suivra certainement pas non plus.

*

Ci-dessous, extrait du Système des Beaux-Arts

(édition en ligne – pdf – en cliquant ici )

p.28:

“Il reste à dire en quoi l’artiste diffère de l’artisan. Toutes les fois que l’idée précède et règle l’exécution, c’est industrie. Et encore est-il vrai que l’oeuvre souvent, même dans l’industrie, redresse l’idée en ce sens que l’artisan trouve mieux qu’il n’avait pensé dès qu’il essaie ; en cela il est artiste, mais par éclairs. Toujours est-il que la représentation d’une idée dans une chose, je dis même d’une idée bien définie comme le dessin d’une maison, est une oeuvre mécanique seulement, en ce sens qu’une machine bien réglée d’abord ferait l’oeuvre à mille exemplaires. Pensons maintenant au travail du peintre de portrait ; il est clair qu’il ne peut avoir le projet de toutes les couleurs qu’il emploiera à l’oeuvre qu’il commence ; l’idée lui vient à mesure qu’il fait ; il serait même rigoureux de dire que l’idée lui vient ensuite, comme au spectateur, et qu’il est spectateur aussi de son oeuvre en train de naître. Et c’est là le propre de l’artiste. Il faut que le génie ait la grâce de la nature et s’étonne lui-même. Un beau vers n’est pas d’abord en projet, et ensuite fait ; mais il se montre beau au poète ; et la belle statue se montre belle au sculpteur à mesure qu’il la fait ; et le portrait naît sous le pinceau. [...] Ainsi la règle du Beau n’apparaît que dans l’oeuvre et y reste prise, en sorte qu’elle ne peut servir jamais, d’aucune manière, à faire une autre oeuvre.”

 

ALAIN (Émile Chartier)
Système des Beaux-Arts, Livre I, Chap. VII,
coll. La Pléiade, pp. 239-240

 

Peut-être une infime trace de générosité dans l’oeuvre de Nietzsche, sa vision de l’art, ou plutôt un malentendu de plus? Don joyeux et entier de soi, ou tout à l’inverse vidange d’un trop-plein de fausse “puissance” égoïste? Nous restons sceptiques… Le commentaire est engageant, mais le vocabulaire utilisé est invariablement révélateur, obsessionnellement biologique. D’un extrême à l’autre, comme toujours avec Nietzsche, c’est une question d’interprétation…

*

 

Extrait de “Le Champ du Possible”, Thibault Isabel, La Méduse, Lille, 2005

pp 322-323:

 

“(…) En établissant qu’une œuvre échappe toujours partiellement à la volonté consciente de son auteur, Nietzsche suggère que la physio­logie de l’art a justement pour tâche de révéler l’état psychologique inconscient qui a présidé à la création, ce que relève très bien Patrick Wotling : « La physiologie de l’art (…) voit ainsi dans l’œuvre d’art un langage, un texte ; mais ce texte n’exprime pas les inten­tions conscientes, ni la volonté libre de l’artiste, il est constitué à partir de son univers infra-conscient, et exprime les besoins fonda­mentaux de ses instincts et de ses affects. » [1]

A partir de là, Nietzsche pourra développer une véritable géné­alogie de la création et évaluer les productions culturelles à l’aune du rapport qu’elles entretiennent avec la vie : « Tout art, toute philo­sophie, peuvent être considérés comme des remèdes et des secours au service de la vie en croissance et en lutte : ils supposent toujours des souffrances et des souffrants. Mais il y a deux sortes de souf­frants ; d’abord ceux qui souffrent de la surabondance de vie, qui veulent un art dionysien et aussi une vision et une compré­hension tragiques de la vie – et ensuite ceux qui souffrent d’un appauvris­sement de la vie, qui demandent à l’art et à la philosophie le calme, le silence, une mer lisse, la délivrance de soi, ou bien encore l’iv­resse, les convulsions, la folie. » [2]

Nietzsche formule encore ce critère d’évaluation sous cette forme : « A l’égard de toutes les valeurs esthétiques, je me sers maintenant de cette distinction : “Est-ce la faim ou bien l’abondance qui est devenue créatrice ?” » [3] Le philosophe oppose donc la créa­tion par excès d’énergie, de vie, de puissance, à la création par manque. Dans le premier cas, le créateur se libère du trop-plein qu’il contient en lui ; sa plénitude est telle qu’il ne peut s’empêcher de prodiguer dans l’œuvre une partie de sa joie . Dans le second, il tente de combler son insatisfaction et de soulager ses désirs frus­trés. Et tandis que l’artiste sain exprime sa reconnaissance envers le monde et les hommes, l’artiste décadent ne cherche qu’une forme d’apaisement. L’art devient seulement pour lui un narcotique puis­sant, destiné à endormir les sens et à protéger l’esprit contre les épreuves du réel.

La méthode utilisée par Nietzsche en vue d’évaluer les œuvres s’apparente bien, au final, à un diagnostic de type médical, puisqu’il s’agit véritablement de déterminer la santé psychologique et instinc­tuelle dont témoignent les créations. Mais cette évaluation est également morale, en tant qu’elle prétend mettre en évidence le rapport de l’artiste à la vie, et, par là même, révéler le fond de son attitude face au monde, le caractère intime de son ethos. Au demeurant, psychologie et morale sont indissolublement liées. En effet, l’épanouissement d’un individu dépend, pour une bonne part, des valeurs qu’il se forge ; et, réciproquement, les valeurs qu’il se forge dépendent de son degré d’épanouissement. (…)”

 

1. Patrick Wotling, Nietzsche et le problème de la civilisation, op. cit., II, 3.

2. Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, op. cit., V, § 270.

3. Ibid.

 

Texte © La Méduse, Lille

www.thibaultisabel.com

Bonjour,

Créateur d’images (photos présentes dans les collections de nombreux musées français), auteur de livres et conférencier sur l’image, je vous présente un ouvrage intitulé Regard sur l’image que j’ai écrit et partiellement illustré. Préfacé par Peter Knapp, ancien directeur artistique de Elle, son sujet, les liens entre l’image et le réel, place Regard sur l’image dans le prolongement des débats sur la loi Boyer et au cœur des débats sur la retouche des photos de presse et la nécessité de fournir les fichiers sources.

Cependant, au-delà de la question de la photographie, cet ouvrage abondamment illustré aborde les liens de l’image sous toutes ses formes (peinture, cinéma, internet…) avec le réel. Il parle aussi de ce moment particulier : la naissance de la perspective et sa place dans la constitution de cette image réaliste inventée par l’Occident. Outre la perception culturelle de l’image, avec le fonctionnement de notre œil cet ouvrage aborde aussi cette question sous le point de vue de la perception visuelle.

cordialement

Hervé Bernard

Regard sur l’image, le livre:
http://www.regard-sur-limage.com/spip.php?rubrique9

 

 
“L’art et la vie” est la très récente mise à jour d’un ancien texte de Thibault Isabel.

Dans “L’art et la vie”, Thibault Isabel apportera sa réponse à la question de “l’art pour l’art”. Entre l’Art considéré comme fermé sur lui-même, perché à des hauteurs inaccessibles, coupé du monde, et l’art au service de la communication d’une entreprise ou d’un parti politique, y a-t-il quelque chose d’autre que l’art pourrait servir, et par lequel sa réussite et sa valeur pourraient être estimées? Le risque est de courir mettre l’art au service, cette fois, d’un meilleur “maître” que l’entreprise, la publicité, voire la religion, et tant d’autres. Rien ne changerait réellement, l’art aurait un autre maître, et il serait toujours esclave, éloigné de lui-même. Le “vitalisme” est la réponse que proposera Thibault Isabel. Il faudrait savoir ce que ce terme recouvre exactement, dans un autre texte peut-être. Les qualificatifs qui l’accompagnent ici (déclin, élévation, adjuvant, psychologique, stimulant…) font penser à l’art-thérapie, qui nous “aide à vivre”. Peut-être est-ce là la plus haute destination de l’art, en effet, au service de quelque chose qui lui est extérieur, la thérapie: sa dernière maladie?

“Si l’art n’a plus de transcendance, demande l’auteur, quel critère adopter pour juger de la qualité des œuvres ?” …Et pourquoi pas des critères artistiques? Cela ne couperait pas pour autant l’art du monde… La sociologie est très en rapport avec le monde, on ne juge pas la sociologie sur des critères psychologiques, pas plus que sur des critères musicaux. On ne juge pas non plus l’informatique sur des critères historiques, bien qu’on puisse faire une histoire de l’informatique (qui est de l’histoire, non de l’informatique). On pourrait de même considérer chaque discipline comme un point de vue sur la réalité, un langage complet en soi, autonome, qui porte sur le même sujet, le réel, à sa manière spécifique, et chaque discipline prise à part gagnerait sans doute à respecter la spécificité des autres disciplines, dans le regard que chacune d’entre elles porte sur le monde, et leur capacité à s’évaluer par elles-mêmes, à interroger leur aptitude à créer, sur le mode rigoureux qui leur est propre et dont elles seules connaissent vraiment la pratique. L’art-thérapie (thérapie de l’individu autant que de la société) sera, il est effectivement et comme le conclut l’auteur, salutaire de le rappeler, si l’on doit mettre l’art au service d’autre chose que l’art, le plus beau service qu’il puisse rendre - mais l’art-thérapie n’est pas de l’art, c’est de la thérapie!

*

 

L’art et la vie

 

Depuis le XVIII siècle, et sous l’influence notamment de Baumgarten et de Kant, l’esthétique envisage les œuvres comme des formes en-soi qu’il s’agirait d’étudier pour elles-mêmes. Cette conviction repose sur une certaine transcendance de l’art, qui échapperait ainsi à toute détermination extérieure. « L’art pour l’art » : le slogan a fait son chemin. Pour la plupart d’entre nous, en effet, l’intérêt d’une œuvre ne saurait se réduire à une finalité pratique. L’œuvre n’a pas à être légitimée ; et elle n’a pas non plus, dans cette perspective, à être utile, ou bonne à quelque chose. Comme les morales ultramondaines et déontologiques, elle provient à sa manière du ciel des idées ; elle est à elle-même sa propre justification.

Qu’il soit permis ici de défendre une thèse opposée. L’art, comme toute réalité, est inscrit dans le monde ; il est en relation avec lui. Il est non seulement le produit hétéronome d’une Altérité qui le dépasse, mais il a en retour un impact sur le substrat à partir duquel il émerge. L’art est l’expression d’une dynamique. Que cette dynamique soit positive, et c’est le signe que la civilisation s’élève ; qu’elle soit négative, et c’est un signe de déclin.

La réhabilitation d’une esthétique vitaliste aurait plusieurs mérites. D’une part, elle permettrait de battre en brèche la thèse idéaliste d’une essentialité de l’art, comme si toute œuvre disposait d’une objectivité autarcique, close sur elle-même. Elle permettrait aussi de distinguer l’acte de création d’un simple agencement rationnel de formes, en même temps qu’elle distinguerait l’attitude spectatorielle d’une austère et froide contemplation. (A en croire la Critique de la faculté de juger, la plénitude que l’on éprouve à la vue d’un beau corps dénudé, dans une peinture de Michel-Ange, par exemple, ne devrait rien aux pulsions sexuelles !)

Mais une esthétique vitaliste aurait encore un autre avantage. Au XXe siècle, on a vu apparaître de nouvelles conceptions de l’art, qui nient l’autonomie des œuvres et cherchent à les envisager comme des produits de la psychologie individuelle, voire éventuellement de tendances sociales, économiques ou idéologiques. La psychanalyse et les cultural studies constituent quelques exemples de ces champs disciplinaires. Sans pour autant remettre en cause leur démarche, qui peut s’avérer bénéfique, nous devons du moins en repérer les risques : lorsqu’on met l’art en relation avec le monde extérieur, il devient en effet difficile d’éviter l’écueil du relativisme. Si l’art n’a plus de transcendance, quel critère adopter pour juger de la qualité des œuvres ? Tout est en passe de se trouver nivelé : le chef-d’œuvre ne se distingue plus de l’immondice, et Guerre et paix se trouve ravalé au même rang qu’un roman commercial…

Le nivellement des valeurs n’est toutefois pas une fatalité : même si l’on renonce à évaluer l’art pour lui-même, du point de vue d’une essence esthétique coupée du monde, on peut encore assujettir le processus artistique à une finalité pratique extérieure, qui lui apporterait son sens. Cette finalité pourrait être celle, hédoniste, de l’agrément ; une œuvre flatte nos sens ou les heurte. Mais on se situe bien près alors du degré zéro de l’art, de son rabaissement au rang d’un divertissement barbare. Cette finalité pourrait être aussi celle de l’utilité : l’art se mettra par exemple au service de la vulgarisation historique ou scientifique, voire d’un combat politique. Mais l’utile n’est sans doute pas ce à quoi l’art peut aspirer de mieux.

Le vitalisme, pour sa part, enseigne une autre vérité : au-delà de l’agréable et de l’utile, il y a le bon. Celui-ci n’est autre, au plan psychologique, que la capacité à s’enthousiasmer, à s’émerveiller et à éprouver de la joie. Peut-être est-ce là en définitive la plus haute destination de l’art, qui devient alors un adjuvant à la sagesse : nous rendre meilleurs, et plus heureux. L’art, disait Nietzsche, est le grand stimulant qui nous aide à vivre. A l’heure où la littérature de gare remplace le théâtre tragique et la poésie, il est sans doute salutaire de le rappeler.

 

Texte © Thibault Isabel

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« À terme, leur reconnaissance comme culte paraît inéluctable. Juridiquement, ils ont déjà gagné. »  Telle est la conclusion de la sociologue des religions Nathalie Luca, publiée dans la presse nationale en 2001, à l’occasion d’un important rassemblement réunissant 160 000 témoins de Jéhovah dans trois grandes villes françaises. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Alors qu’ils sont officiellement reconnus dans la plupart des pays européens, leur statut légal reste polémique en France. Les uns se réfèrent à leur classification comme « secte » par des rapports parlementaires, tandis que les autres s’appuient sur la jurisprudence administrative pour leur accorder le statut d’« association cultuelle ». Qui fait autorité en la matière ? Que penser également des points polémiques : refus de la transfusion sanguine, isolement social, destruction des familles ? Relèvent-ils d’un trouble à l’ordre public ?

Pour répondre à ces questions, l’auteur s’est constitué une large documentation depuis une douzaine d’années : articles juridiques, coupures de presse, ouvrages sociologiques, rapports officiels, circulaires, jurisprudence nationale et européenne… Cet ouvrage offre une synthèse accompagnée d’une analyse critique et pertinente des divers arguments présentés par les principaux acteurs impliqués dans ce débat, avec toutes les références utiles pour vérifier ou approfondir sa réflexion.

Témoins de Jéhovah en France : entre reconnaissance et discrimination – Davy FORGET

« Un livre très documenté, notamment en ce qui concerne les aspects juridiques du sujet étudié »

(Mouvements religieux, juillet/août 2010, n° 361-362, A.É.I.M.R.)

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* ILV Édition, août 2010

* Format : 140*225 mm, 295 pages

* ISBN : 978-2-35209-318-3

Thibault Isabel voit toutes les formes d’art moderne comme autant de symptômes des maladies dont souffre la société. Docteur en études cinématographiques, il nous livrait dans “Le Champ du Possible”  (2005) l’ébauche intellectuelle d’une ‘psychologie de l’art’ qui tenterait de réconcilier l’art et la vie. Dans “La Fin de Siècle du Cinéma Américain” (2006), Thibault Isabel étudie les causes de ce qu’il considère comme le déclin d’une société contemporaine sans perspective crédible de rémission, à travers leurs reflets sur les écrans du septième art. Enfin, avec “Le Paradoxe de la Civilisation” (2010), il se prononcera pour le retour des formes anciennes de violence, et leur intégration paradoxale dans un ‘processus de civilisation’

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