A Tournai, le dimanche 1er Avril :

Concert-apéro de la Fanfare Détournée à midi.
à la salle La Fenêtre,
34 rue des Campeaux à Tournai.

Bienvenue à tous dès 11h!

 
Affiche jointe pour plus de détails sur le déroulement des festivités.

A diffuser sans modération.
 
 
 

Editions Gallimard / collection Folio

La forme et le fond d’une oeuvre d’historien de la musique.

 

C’est apparemment l’une des deux seules biographies françaises de Janis Joplin, et à ce seul titre elle vaut son pesant d’or. Ou alors ce sont peut-être les biographes ayant snobé une aussi puissante tragédie, à en faire pâlir de jalousie les Eschyle ou autres Sophocle, qui devraient s’exposer à leur tour au mépris général…

 

La biographie de Jean-Yves Reuzeau fourmille de références, de détails factuels qui permettent de suivre pas à pas la vie, et la mort, de la “plus grande chanteuse de blues blanche de tous les temps”. A tel point qu’on n’imagine pas une seconde qu’il puisse s’agir d’une biographie simplement commandée par un éditeur à un bon auteur; la chanteuse semble faire pleinement partie de la vie de l’auteur, l’époque également – fin des sixties – et la biographie est presque une autobiographie. Pas sûr qu’un seul autre auteur français en connaisse plus sur le sujet.

 

Sur la forme il est difficile de lire ce texte sans un bon dictionnaire à portée de main. Certes la Critique de la raison pure se trouve souvent en livre de poche, mais dans ce cas difficile de plaider la surprise. A la même page vous trouverez par exemple (p.378) les ‘cris dilacérés’, les ‘volutes du clavier’, les ‘riffs de guitare très funky’ ou encore le pur bijou du ‘solécisme narquois’ (p.153) du titre d’un des morceaux (“Women is Losers”) de la chanteuse…

 

Certains connaissent ces mots, d’accord. On essaie aussi de faire passer Janis Joplin pour une grande lectrice, elle a sans doute beaucoup lu mais le trait paraît quand même forcé… Elle a au moins assez lu pour se démarquer de tout intellectualisme. En milieu de livre une citation – que l’on pourrait faire passer pour une critique de l’authenticité artistique elle-même – illustre une photo de Janis Joplin devant son micro: “Sur scène, je fais l’amour avec 25000 personnes, et pour finir je rentre toute seule chez moi.” Mais une autre citation étrangement similaire qu’on lui attribue également mais qu’on ne trouvera pas, et pour cause, dans le livre, va très explicitement dans le sens inverse: “Etre un intellectuel crée beaucoup de questions et aucune réponse. Vous pouvez remplir votre vie avec des idées et encore rentrer chez vous tout seul. Tout ce que vous avez qui compte réellement c’est des sentiments. C’est ce que la musique est pour moi.”

 

 

Les pages qui jettent un doute bien plus profond sont 2 trop longues pages (168-169) qui décrivent, cette fois en dehors de l’univers musical, la profusion de mouvements spirituels propre à cette époque magique de créativité débordante dans tous les domaines. Jean-Yves Reuzeau en dresse un portrait apocalyptique, et une longue liste faite de ‘gourous de secours’, ‘prophètes au rabais’, ‘chamans débutants’, ‘maîtres de sagesse’, ‘mages et sorciers néophytes’, ‘théories fumeuses’, ‘extraterrestres’, ‘satanistes’, ‘sectes’ – dans son acception journalistique péjorative et arbitraire au possible, ‘rites farfelus’, ‘groupuscules déments’, ‘mysticisme polymorphe’, ‘astrologie de bazar’, etc. etc. etc… Comme si presque rien n’avait été compris de Janis Joplin, par l’un de ceux qui semblent pourtant le plus la connaître! Car cette ‘perle’ (de ‘Pearl’, surnom de la chanteuse), Jean-Yves Reuzeau nous la présente noyée non seulement dans le blues, mais aussi dans une boue composée d’une liste – bien plus grande que la précédente – de toutes les drogues de l’époque, mais aussi d’alcoolisme ou de luxure, compensations obligatoires de l’intolérance extrême du Texas et de l’Amérique de son enfance, de leurs préjugés, de leur étroitesse d’esprit et des multiples humiliations qui n’ont pas cessé jusqu’après sa mort à 27 ans d’une overdose d’héroïne, quand sa famille était plus que jamais harcelée de coups de fils haineux et revanchards.

C’est dans cette boue que cette ‘perle’ est apparue, et la vie de Janis Joplin est tragique parce qu’elle savait que pour devenir ‘Janis Joplin’ il fallait qu’elle traverse cette boue, et qu’elle n’y survivrait pas. Et ce que semblait nous montrer l’auteur, c’était que même dans un univers aussi nauséabond que celui-ci, sujet à tous les a priori, aux condamnations les plus rapides et aux raccourcis les plus faciles, on pouvait trouver des itinéraires humains qui, tout en s’y intégrant pleinement, et peut-être parce qu’ils l’avaient traversé, en ressortaient sublimés, jusqu’à en gagner des traits quasi-christiques. Ce qui sauvait mille fois cet univers psychédélique des années 60, cette boue, c’était justement qu’on pouvait y trouver – au moins – une ‘perle’ de cette valeur! Or dans l’univers spirituel – qui n’était jamais très loin et nourrissait des ambitions et désillusions comparables à celles de l’univers musical à la sauce hippie – rien ne semble pour l’auteur sauver le chaos inhérent à la créativité de cette époque, et cette fois à notre grande surprise Jean-Yves Reuzeau cède abondamment voire avec empressement à tous les clichés, à tous les préjugés – ou aux jugements expéditifs et sans appel – citant le sempiternel marronnier de l’assassinat de Sharon Tate par Charles Manson comme seule preuve de la malfaisance de certains groupes mystiques… Le seul à s’en sortir quelque peu aux yeux de l’auteur est Allen Ginsberg dont il nous dit à la fin de ces deux longues pages: “Des leaders intellectuels, comme Allen Ginsberg, n’éviteront pas toujours ces écueils.” Allen Ginsberg ‘leader intellectuel’… et cité plusieurs fois dans le livre en termes assez positifs, a failli à des écueils bien moins sympathiques que tel ou tel mouvement new-age, lui qui défendait publiquement la légalisation de la marijuana, du LSD, et plus sympathique encore… la pédophilie (à travers l’association américaine NAMBLA). Ce qui sauve donc Janis Joplin, est-ce sa personnalité, sa créativité et son itinéraire, ou bien plutôt la nature des problèmes qu’elle a traversés et qui lui restent collés à la peau? Certains vices et certains crimes ont toujours bénéficié d’une étrange et obscure permissivité dans des sphères dites ‘intellectuelles’ type soixante-huitardes. Ce qui est critiqué dans les mouvements spirituels de cette période ce n’est pas l’usage de drogues, et il aurait pourtant bien pu l’être, ceux-ci ne s’en étant pas toujours passés (tout en empruntant d’autres chemins, mille fois plus intéressants…). Et il ne semble pas qu’il y ait finalement tant à y critiquer, sinon que ce sont des mouvements qui ont eu comme spécificité de remettre réellement en cause les façons de penser et de voir le monde et la vie, bref de marcher sur les plates-bandes des intellectuels, leur domaine prétendument réservé, sans que la notion de contre-culture opportunément inventée pour l’occasion n’ait réussi à les réduire totalement et à les figer à leur époque et dans la poussière des dictionnaires.

 

 

Ainsi on se demande si Janis Joplin n’est pas aimée ni pour ses qualités, ni même réellement pour ses défauts que l’auteur lui pardonne sans se forcer mais sans en faire non plus l’éloge, mais tout simplement pour elle-même, et son histoire particulière. Ce qui en soit est intéressant, mais nous empêche d’en tirer quoi que ce soit d’instructif pour d’autres qu’elle, ou d’autres périodes que la sienne, ou encore pour nous-mêmes. Cette biographie est alors juste à considérer comme un travail d’historien, et Janis Joplin en modèle de liberté à usage unique, sans enseignements. Juste une idée de liberté, coincée dans une époque, légitime pour un temps, et puis aliénante pour le reste. Un nouveau cliché, une image, une nouvelle icône pop et commerciale destinée à illustrer les t-shirts des ados. Une perle unique, qui ne nous apprendra pas à dénicher d’autres perles autour de nous, une perle en dehors de sa boîte. Pas une vraie liberté de penser en long et en large, juste une liberté réactive, qui compense les contraintes de l’éducation et du milieu et qui s’efface ensuite, fière de sa révolte adolescente parfumée aux odeurs faciles de cannabis et perdant toute signification générale ou même se retournant en nouvelle aliénation.

 

Janis Joplin n’en était pas là. Parlant des hippies avec lesquels elle ne s’est jamais complètement associée, elle déclarait à Myra Friedman, un mois avant sa mort: “Franchement, je ne vois pas ce qu’ils font de mieux. Ce sont des imposteurs. Ils trompent leur monde avec toute cette foutue culture. Ils critiquent le lavage de cerveau subi de la part de leurs parents, mais que font-ils d’autre? Je n’ai jamais connu un seul d’entre eux qui tolère un autre mode de vie que le leur. J’en ai marre de ces mecs. J’en ai marre de tout ce qu’ils pensent et de ce qu’ils propagent! Personne n’apprendra donc jamais quoi que ce soit!”

 

 

De nouvelles expos !

September 15, 2011 | by | Leave a Comment

Bonjour,

Une actualité chargée pour la rentrée !

De nouvelles expos :

 

Les Journées du Patrimoine, le 17 et 18 septembre, de 14 à 19 h

A l’Atelier du Giroir

Invitée
de Véronique DELALANDE dans son atelier

11 rue de Giroir

86000 MIGNE-AUXANCES

delalande.peintre.free.fr

 

Au Château de Crémault

Festival des Claviers en Poitou, de nombreux concerts et une exposition d’art contemporain

21 rue du 8 mai 1945

86210 BONNEUIL-MATOURS

claviersenpoitou

 

Galerie Carré d’Artistes

66 rue Saint-André des Arts

Quartier St Germain-des-prés

75006 PARIS

www.carredartistes.com

 

« Les Papillons de Carpentras »

Durant le mois d’octobre 2011 les 20 toiles du Palmarès 2011 seront exposées dans une des salles d’exposition de la ville pour la remise du prix du public.

www.lespapillons.org

 

Artistiquement,

 

PIZA

Isabelle PELLETANE

www.isabellepelletane.com

 


 

Wire @ the Middle East Downstairs, in Cambridge, MA
April 3, 2011
Opening tune, Red Barked Tree Tour 2011

www.pinkflag.com

Video © MEDIALOUNGE
(Brookline MA, USA)

Le Stade de France n’était pas le seul temple du football hier soir. Au moment où Lille jouait la finale de la Coupe de France, c’est à la Maison Folie de Wazemmes qu’Antoine Defoort et Julien Fournet rejouaient leur installation-spectacle “CHEVAL”. Un spectacle présenté comme un “traité abstrait du ricochet”, et où rebondissent du début à la fin ballons de foot et quelques balles de tennis dans tous les sens.

Rebondir, pour une balle c’est être lancée, toucher, et repartir. Entre l’action du lancement et la contemplation de son éloignement, il y a le contact, donc le son. Si le rebondissement est au centre du spectacle, la musique est au centre du rebondissement. C’est l’action du lanceur qui révèle le son, la note qui se crée naturellement lorsque le choc a lieu, et vibre encore dix secondes plus tard. Tout est naturel dans ce spectacle. Y compris le panneau sur lequel les ballons sont lancés, et qui assigne à chaque note une image différente, un paysage naturel singulier qui correspond visuellement à la vibration musicale.

Par le truchement du rebond, Antoine Defoort fait donc ressortir la musique, le son, de la nature, il en extrait les différentes notes, une à une, et en indique toutes les correspondances possibles avec la réalité la plus commune. Comme avec ces commentaires sportifs des journalistes de RMC pendant le match France-Espagne du mondial de foot 2006, qui sont très représentatifs de l’installation dans son ensemble. On entend les commentateurs surexcités parler à toute vitesse des derniers mouvements sur le terrain avec la voix réglée sur un accord continu de fa dièse…! D’autres accords habituellement sous-représentés en musique se retrouvent dans la vie de tous les jours, le bruit du frigo, de la clim, etc… Vers la fin ces commentaires sportifs seront repris, mêlés à toute une fanfare de notes de toutes provenances, mais ils seront repris encore plus accélérés que la version RMC! Pour vous faire comprendre encore moins bien le contenu factuel des commentaires, et encore mieux le type d’accord musical qu’ils expriment.

Bref, dans ce spectacle déroutant, parfois difficile à comprendre (il s’agit d’un spectacle de facture non-linéaire, pas ’classique’, et d’un spectacle contemporain qui utilise aussi sans vergogne les nombreuses ressources techniques de son époque), l’incompréhension n’est qu’au premier plan, on ne vous embrouille que pour vous faire comprendre, entendre, ce qui est sous vos yeux, ou plutôt dans vos oreilles, d’une manière quotidienne, permanente, banale, triviale, et auquel vous ne portez plus attention. Pour vous montrer au final, que la ‘musique’ est plus riche que ce qu’on appelle couramment la musique, que les accords existants sont bien plus nombreux que ceux utilisés par l’industrie musicale, et que la musique, la grande musique, a pour origine la vie, le quotidien, l’anecdote, la nature et l’univers tout entier.

D’une manière surprenante, peu de différences à noter entre le spectacle d’hier et la vidéo du même spectacle, en octobre 2009, disponible sur le site web d’Antoine Defoort! Hormis bien sûr que rien ne vaut la 3D et le réel, toujours… et la suite presque ininterrompue de rires, aussi, qui traverse comme un fil tendu toute la prestation, et que la vidéo citée, focalisée sur la scène, ne restituait qu’en partie… Ainsi que toute une collection d’améliorations presque indescriptibles liées à la spontanéité et à la totale confiance en eux des interprètes. Beaucoup d’ajustements en finesse, des pauses plus longues, également, à certains moments bien choisis, qui appuient le comique des scènes. Un splendide (!) travail corporel du comédien, tout en exagération drolatique, lorsqu’au début 5 ballons sont amenés, disposés en forme pyramidale, et posés sur scène en évitant que la pyramide ne s’effondre…

A part ces multiples bonus, excellents mais attendus pour une pièce qui tourne depuis 2007, rien de radical. CHEVAL, avec surprise et délice, est resté un fidèle animal; un spectacle pourtant ancré dans le réel, la nature, qui semble même improvisé, et qui fait en permanence référence au bricolage, aux dispositifs techniques à l’humeur oscillante… Cerise sur le gâteau, on voit même avec amusement, comme énième petite différence sympathique, Antoine Defoort s’étonner (il semble, pour la première et seule fois, légèrement déstabilisé) lorsqu’à la descente d’un panneau mural il n’y a, cette fois… pas(!) de problème technique! On aurait donc pu attendre de CHEVAL, qu’il se tranforme de représentation en représentation, qu’il évolue plus rapidement qu’aucun autre spectacle. Mais CHEVAL ne serait plus CHEVAL… Alors confusion ou pas, il fallait quand même contenir la pièce dans des bornes précises, pour éviter qu’elle ne se perde. Une bonne confusion n’est-elle pas une confusion contrôlée? Et en l’occurence contrôlée à merveille! Le sens qu’elle apporte est le sens que nous avons l’habitude de ne pas voir, sentir ou entendre, ou les trois à la fois, car au-delà de la musique CHEVAL a un sens plus universel, un peu celui de regarder le réel sous un autre angle, d’un autre lieu, pour voir à quel point il est riche, à quel point nous nous en nourrissons et nous en sommes toujours nourris, et à quel point nous passons, presque quotidiennement, juste à côté.

Le site web d’Antoine Defoort: http://entuenedufard.be/

La vidéo réalisée par Arte Live Web pour le festival Temps d’images le 10 octobre 2009 :


 

 

 
“L’art et la vie” est la très récente mise à jour d’un ancien texte de Thibault Isabel.

Dans “L’art et la vie”, Thibault Isabel apportera sa réponse à la question de “l’art pour l’art”. Entre l’Art considéré comme fermé sur lui-même, perché à des hauteurs inaccessibles, coupé du monde, et l’art au service de la communication d’une entreprise ou d’un parti politique, y a-t-il quelque chose d’autre que l’art pourrait servir, et par lequel sa réussite et sa valeur pourraient être estimées? Le risque est de courir mettre l’art au service, cette fois, d’un meilleur “maître” que l’entreprise, la publicité, voire la religion, et tant d’autres. Rien ne changerait réellement, l’art aurait un autre maître, et il serait toujours esclave, éloigné de lui-même. Le “vitalisme” est la réponse que proposera Thibault Isabel. Il faudrait savoir ce que ce terme recouvre exactement, dans un autre texte peut-être. Les qualificatifs qui l’accompagnent ici (déclin, élévation, adjuvant, psychologique, stimulant…) font penser à l’art-thérapie, qui nous “aide à vivre”. Peut-être est-ce là la plus haute destination de l’art, en effet, au service de quelque chose qui lui est extérieur, la thérapie: sa dernière maladie?

“Si l’art n’a plus de transcendance, demande l’auteur, quel critère adopter pour juger de la qualité des œuvres ?” …Et pourquoi pas des critères artistiques? Cela ne couperait pas pour autant l’art du monde… La sociologie est très en rapport avec le monde, on ne juge pas la sociologie sur des critères psychologiques, pas plus que sur des critères musicaux. On ne juge pas non plus l’informatique sur des critères historiques, bien qu’on puisse faire une histoire de l’informatique (qui est de l’histoire, non de l’informatique). On pourrait de même considérer chaque discipline comme un point de vue sur la réalité, un langage complet en soi, autonome, qui porte sur le même sujet, le réel, à sa manière spécifique, et chaque discipline prise à part gagnerait sans doute à respecter la spécificité des autres disciplines, dans le regard que chacune d’entre elles porte sur le monde, et leur capacité à s’évaluer par elles-mêmes, à interroger leur aptitude à créer, sur le mode rigoureux qui leur est propre et dont elles seules connaissent vraiment la pratique. L’art-thérapie (thérapie de l’individu autant que de la société) sera, il est effectivement et comme le conclut l’auteur, salutaire de le rappeler, si l’on doit mettre l’art au service d’autre chose que l’art, le plus beau service qu’il puisse rendre - mais l’art-thérapie n’est pas de l’art, c’est de la thérapie!

*

 

L’art et la vie

 

Depuis le XVIII siècle, et sous l’influence notamment de Baumgarten et de Kant, l’esthétique envisage les œuvres comme des formes en-soi qu’il s’agirait d’étudier pour elles-mêmes. Cette conviction repose sur une certaine transcendance de l’art, qui échapperait ainsi à toute détermination extérieure. « L’art pour l’art » : le slogan a fait son chemin. Pour la plupart d’entre nous, en effet, l’intérêt d’une œuvre ne saurait se réduire à une finalité pratique. L’œuvre n’a pas à être légitimée ; et elle n’a pas non plus, dans cette perspective, à être utile, ou bonne à quelque chose. Comme les morales ultramondaines et déontologiques, elle provient à sa manière du ciel des idées ; elle est à elle-même sa propre justification.

Qu’il soit permis ici de défendre une thèse opposée. L’art, comme toute réalité, est inscrit dans le monde ; il est en relation avec lui. Il est non seulement le produit hétéronome d’une Altérité qui le dépasse, mais il a en retour un impact sur le substrat à partir duquel il émerge. L’art est l’expression d’une dynamique. Que cette dynamique soit positive, et c’est le signe que la civilisation s’élève ; qu’elle soit négative, et c’est un signe de déclin.

La réhabilitation d’une esthétique vitaliste aurait plusieurs mérites. D’une part, elle permettrait de battre en brèche la thèse idéaliste d’une essentialité de l’art, comme si toute œuvre disposait d’une objectivité autarcique, close sur elle-même. Elle permettrait aussi de distinguer l’acte de création d’un simple agencement rationnel de formes, en même temps qu’elle distinguerait l’attitude spectatorielle d’une austère et froide contemplation. (A en croire la Critique de la faculté de juger, la plénitude que l’on éprouve à la vue d’un beau corps dénudé, dans une peinture de Michel-Ange, par exemple, ne devrait rien aux pulsions sexuelles !)

Mais une esthétique vitaliste aurait encore un autre avantage. Au XXe siècle, on a vu apparaître de nouvelles conceptions de l’art, qui nient l’autonomie des œuvres et cherchent à les envisager comme des produits de la psychologie individuelle, voire éventuellement de tendances sociales, économiques ou idéologiques. La psychanalyse et les cultural studies constituent quelques exemples de ces champs disciplinaires. Sans pour autant remettre en cause leur démarche, qui peut s’avérer bénéfique, nous devons du moins en repérer les risques : lorsqu’on met l’art en relation avec le monde extérieur, il devient en effet difficile d’éviter l’écueil du relativisme. Si l’art n’a plus de transcendance, quel critère adopter pour juger de la qualité des œuvres ? Tout est en passe de se trouver nivelé : le chef-d’œuvre ne se distingue plus de l’immondice, et Guerre et paix se trouve ravalé au même rang qu’un roman commercial…

Le nivellement des valeurs n’est toutefois pas une fatalité : même si l’on renonce à évaluer l’art pour lui-même, du point de vue d’une essence esthétique coupée du monde, on peut encore assujettir le processus artistique à une finalité pratique extérieure, qui lui apporterait son sens. Cette finalité pourrait être celle, hédoniste, de l’agrément ; une œuvre flatte nos sens ou les heurte. Mais on se situe bien près alors du degré zéro de l’art, de son rabaissement au rang d’un divertissement barbare. Cette finalité pourrait être aussi celle de l’utilité : l’art se mettra par exemple au service de la vulgarisation historique ou scientifique, voire d’un combat politique. Mais l’utile n’est sans doute pas ce à quoi l’art peut aspirer de mieux.

Le vitalisme, pour sa part, enseigne une autre vérité : au-delà de l’agréable et de l’utile, il y a le bon. Celui-ci n’est autre, au plan psychologique, que la capacité à s’enthousiasmer, à s’émerveiller et à éprouver de la joie. Peut-être est-ce là en définitive la plus haute destination de l’art, qui devient alors un adjuvant à la sagesse : nous rendre meilleurs, et plus heureux. L’art, disait Nietzsche, est le grand stimulant qui nous aide à vivre. A l’heure où la littérature de gare remplace le théâtre tragique et la poésie, il est sans doute salutaire de le rappeler.

 

Texte © Thibault Isabel

www.thibaultisabel.com
 

Banksy: Boston & Cambridge 2010 from Greg Shea on Vimeo.

Sunday blues & dernier jour de vacances!
Sunday blues & last day of holidays! in Lille…

Astronaut.mp3

(≈ 6 Mo)

© mp3 : Media Lounge
(Brookline MA, USA)